
Le numéro du 23 Octobre de l’hebdomadaire Designweek, nous révélait le nouvel habillage télévisuel de la chaîne digitale Canal + Espagne conçu par l’agence britannique Red Bee. A la lecture du spot, se superposait au sobrissime logo Canal + une imagerie technicolore peu coutumière au regard du téléspectateur de la chaîne française. Red Bee expliquait sa réalisation en ces termes : « Canal + est un réseau appartenant à plusieurs propriétaires dans plusieurs pays et les programmes diffèrent pour chacun d’eux ». « Le nouveau système d’identité Canal + a été initié dans un objectif de clarté et de longévité, avec la volonté de revigorer le désormais bien établi logo en noir et blanc de Canal + ». Interrogé sur sa réception du projet, Etienne Robial, après nous avoir confirmé l’indépendance de la chaîne espagnole en matière de graphisme, réaffirme sa conception de l’habillage télévisuel et annonce son départ de Canal... après 24 ans de service le précurseur de la discipline graphique appliquée à l’écran tire sa révérence à la chaîne pour se consacrer à d’autres activités...
Face à l’éclat spectaculaire de l’imagerie Red Bee, Etienne Robial s’est attaché tout au long de sa carrière chez Canal, à mettre en place une identité sans dramaturgie dont la fonction première était de distinguer la chaîne et sa programmation.
Adaptant les préceptes de la mise en page à l’écran, Etienne Robial, pionnier de l’habillage TV dont il a inventé jusqu’au nom, a instigué à Canal une identité globale qui puisait son efficacité dans un minimalisme héritier des avant gardes, appliqué de manière omniprésente.
En 1984, Canal plus + ouvre l’antenne sur fond noir. Le noir restera jusqu’à aujourd’hui l’unique couleur de référence de l’image de la chaîne, imprégnant constamment l’écran Canal d’une identité invisible, seulement perceptible par l’inconscient. Et puis, le logo Canal, une simple typographie, un Futura remanié accolé à une ellipse, symbole de la diffusion 24h/24h.
En 1995, Canal change d’ère et de locaux, c’est l’époque Vivendi. Le logo s’épure de l’ellipse et Robial conçoit dans un minimalisme géométrico- aléatoire, les spots de présentation des programmes qui jouent de leurs 96.000 combinaisons possibles pour rassembler, identifier et catégoriser. Chaque type d’émission est également définie par une typographie. La rapidité des apparitions, le minimalisme de la forme et la variété des déclinaisons assure une identification immédiate, tout en préservant le spot de la répétition et d’une potentielle mémorisation.

Dans la conception de Robial, l’identité visuelle est un outil au profit de la chaîne, instrument de valorisation, elle doit savoir s’effacer au profit des programmes. Son efficacité passe par une application systématique : des plateaux de tournages à la petite cuillère de la cafétéria, en passant par la signalétique des locaux, les décors du festival du cannes, le mobilier, le matériel technique… Tout chez Canal, jusqu’à l’orchestration des jingles sonores, portait la marque Canal.
Canal a du succès, Canal s’exporte et diversifie son offre. Devenu un groupe, il prend la gestion du Paris Saint Germain, ouvre une chaîne d’information, une offre satellite, se vend à l’étranger. Etienne Robial travaillera sur tous ces projets, allant jusqu’à adapter son Futura à la graphie espagnole pour laquelle il intègre le tilde. Lors du changement de direction de Itélé, l’habillage conçu par le directeur artistique est « remanié » sans consultation pour une image plus proche du concurrent direct de la chaîne.
Identité itélé conçue par Etienne Robial
Identité actuelle de la chaine
Au moment ou Jean Marie Messier quitte Vivendi ( 2002), le nouveau président, Jean René Fourtou commande un nouvel habillage. Etienne Robial opte pour une évolution graphique mesurée, autorisant la superposition des rectangles de couleur.
Aujourd’hui, le départ d’Etienne Robial de Canal laisse présager du futur de la chaîne. Canal + conserve son statut de « chaîne à payage » mais perd, avec son directeur artistique, un peu de sa singularité et, s’il en restait encore, de son « esprit canal ». La production des émissions s’étant peu à peu décentralisée, voilà que l’identité de la chaîne est interrogée. Sa représentation graphique sera, quant à elle, bientôt éparpillée entre les différents acteurs de la production, inéluctablement amenée en perdre en cohérence.
Commentaires
Damned ! Le dernier bastion
Damned ! Le dernier bastion de résistance à la médiocrité ambiante est tombé. Nous voici définitivement livrés aux mains des hystériques de la 3D, des maniacos des effets spéciaux. Peut-être faudrait-il lancer une souscription pour offrir à toutes ces agences des livres sur l'histoire du graphisme, ça ne serait pas du luxe de les informer sur le métier qu'ils prétendent exercer…
Chouette ... à qui on envoi son CV ?
En avocat du diable : prendre sa retraite ... se retirer des affaires quand on a dépassé la cinquantaine... et bien... ça laisse de la place au petits jeunes comme nous ... c'est chouette !
Une triste nouvelle mais il
Une triste nouvelle mais il fallait bien que ça arrive… Au vue de la sans interet/ nulle identité de iTélé cela présage une baisse de qualité très abrupte et très rapide… Mais qualité c'est déjà un mot bien trop élogieux pour 'ça'.
Bravo pour ce qu'il à fait.
damned pt.2
Et un comité de censure graphique pour les habillages honteux? hi hi
:°
canal + une nouvelle sans commentaire.
La 3d nous pollue, trop tecktonik à mon goût cette identité!!! mais bon c'est un avis qui tient qu'a moi.
robial forever
Robial a quitté Canal mais ses créations et son écriture n'ont pas fini d'enrichir le graphisme français.
la fin d'une utopie
Canal sera toujours associé à Robial, c'est dur d'exister en passant derrière un mec pareil.
Ben ouais mais…
Grand talent certes, mais immobiliste depuis quelques années.
Y'a qu'à voir les (nouveaux) logos des chaînes ciné-cinéma. Franchement c'est nul. Robial est une victime du syndrome NIH : Not Invented Here. En gros, tout ce qui ne sort pas de son bureau est juste nul et sans intérêt. Pas la meilleur façon d'avancer…
D'acc avec toi. On a
D'acc avec toi. On a l'impression que son génie l'a amené à une autarcie intellectuelle qui a commencé à le faire tourner en boucle, sur lui même, pour un assèchement de sa créativité... Ego, quand tu nous tiens
robial out
tout cela est assez déprimant. je suis tout à fait d'accord avec robial quand à son rejet des habillages sautillant et epileptiques. aucun travail sur l'équilibre,, la pérénnité, la clarté. J e dois néanmoins reconnaitre qu'à part la première identité de la chaine, qui fût exemplaire en tous points, les suivantes n'étaient pas vraiment convaincantes. Celle de 94, trop systémtique et rébarbative. Robial se félicitait (il se félicite souvent, par ailleurs) du nombre infini de carrés; mais au bout du compte, l'effet n'était que répétitif et lassant. La qualité s'est détériorée au fur à mesure, avec, on le sent bien, des compromis graphiques que Robial a dû faire: manque de rigueur, animations pauvres, habillage foireux d'itv.
Départ symbolique, puisque
Départ symbolique, puisque depuis 2002 au moins, Robial était dans un placard, payé sans être sollicité ou presque. D'où une part de responsabilité de son côté : le sentiment d'avoir toujours raison qui l'a amené à ne plus chercher à convaincre de sa démarche.
Hors depuis 10 ans, les chaînes US et brits ont développé l'habillage comme ressource stratégique bien plus loin que Robial ne l'avait fait.
Bref, hommage à la puissance artistique et innovante de Robial, et regret de l'avoir vu se satisfaire d'un ghetto doré.
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